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Géopolitique Sahel ; Entretien avec Boulama Issa Lamido Hamadou doctorant en relation internationales

Boulama Issa Lamido Hamadou Moumouni est Doctorant en relations internationales à l’université de Bursa technique en Turquie.

Entretien réalisé par l’équipe Tunani-Penser

Introduction

Le Sahel est aujourd’hui au cœur des grandes mutations géopolitiques mondiales. Longtemps perçue comme une périphérie stratégique, cette région est devenue un espace où se croisent les intérêts des grandes puissances, les défis sécuritaires, les enjeux énergétiques et les aspirations des États à une plus grande souveraineté.

Pour mieux comprendre ces transformations, Tunani-Penser s’est entretenu avec Boulama Issa Lamido, doctorant en relations internationales, dont les recherches portent sur les dynamiques géopolitiques du Niger et du Sahel.

Tunani-Penser :

Votre travail montre que le Niger occupe aujourd’hui une place centrale dans les recompositions géopolitiques mondiales. Comment expliquez-vous cette importance ?

Boulama Issa Lamido :

Le Niger est un État qui réunit plusieurs facteurs stratégiques. D’abord sa position géographique. Situé au cœur du Sahel, il relie naturellement l’Afrique du Nord à l’Afrique subsaharienne. Il constitue également un point de passage entre plusieurs espaces économiques et politiques.

Cette situation en fait un pays-carrefour où transitent les échanges commerciaux, les flux migratoires mais aussi, malheureusement, certains trafics illicites.

À cette dimension géographique s’ajoute un potentiel naturel exceptionnel. Le Niger dispose d’importantes réserves d’uranium, de pétrole, d’or et d’autres ressources minières particulièrement recherchées dans le contexte actuel de compétition mondiale.

Enfin, le pays possède une population extrêmement jeune qui représente un potentiel économique considérable si elle bénéficie d’investissements dans l’éducation, la formation et l’emploi.

Tunani-Penser :

Peut-on dire que cette position géographique constitue à la fois un avantage et une vulnérabilité ?

Boulama Issa Lamido :

Absolument.

La géographie offre au Niger un rôle stratégique majeur, mais elle crée également des défis importants.

Le pays partage ses frontières avec sept États. Cette ouverture facilite les échanges économiques mais rend également plus complexe le contrôle des frontières.

Le Sahel est une région immense, largement désertique, où l’État rencontre parfois des difficultés à exercer pleinement son autorité sur certains territoires.

Ces espaces deviennent alors favorables au développement des trafics, des groupes armés, des réseaux terroristes ainsi qu’aux migrations irrégulières.

Cette réalité explique en partie pourquoi la région attire autant l’attention des puissances internationales.

Tunani-Penser :

Les ressources naturelles semblent également jouer un rôle déterminant. Pourquoi suscitent-elles autant d’intérêt ?

Boulama Issa Lamido :

Parce que nous sommes dans une économie mondiale où les ressources stratégiques sont devenues des instruments de puissance.

L’uranium nigérien, par exemple, est essentiel à la production d’énergie nucléaire.

Le pétrole représente lui aussi un enjeu majeur pour la sécurité énergétique.

À cela s’ajoutent l’or, le cuivre ou encore le fer, dont la demande augmente avec la transition industrielle et technologique.

Naturellement, ces ressources attirent des acteurs internationaux qui souhaitent sécuriser leurs approvisionnements.

Le défi consiste désormais à transformer ces richesses en véritable moteur de développement pour les populations locales.

Tunani-Penser :

Vous évoquez également le potentiel démographique du Sahel. Pourquoi est-il souvent sous-estimé ?

Boulama Issa Lamido :

On parle beaucoup des crises du Sahel, mais beaucoup moins de ses opportunités.

Pourtant, le Sahel possède l’une des populations les plus jeunes du monde.

Cette jeunesse représente une formidable réserve de compétences, de créativité et de dynamisme.

Si les États investissent dans l’éducation, la santé, l’innovation et l’emploi, cette population peut devenir un véritable levier de croissance.

En revanche, si ces attentes ne sont pas satisfaites, elle risque d’alimenter les migrations, les frustrations sociales ou encore le recrutement par des groupes armés.

Le défi est donc essentiellement politique et économique.

Tunani-Penser :

Depuis quelques années, le Sahel est souvent présenté comme le théâtre d’une compétition entre grandes puissances. Partagez-vous cette analyse ?

Boulama Issa Lamido :

Oui.

Nous assistons progressivement à la transition d’un ordre international dominé par quelques acteurs vers un système davantage multipolaire.

Dans ce nouveau contexte, plusieurs puissances cherchent à renforcer leur présence au Sahel.

La France conserve des liens historiques avec plusieurs États de la région.

Les États-Unis développent leur coopération sécuritaire.

La Chine privilégie principalement les investissements économiques.

La Turquie multiplie les partenariats militaires.

La Russie renforce également sa présence selon des modalités différentes.

Toutes poursuivent leurs intérêts stratégiques, même si leurs approches diffèrent.

Tunani-Penser :

Quelles sont les principales formes de cette compétition internationale ?

Boulama Issa Lamido :

On peut distinguer trois grands niveaux.

Le premier concerne la coopération militaire, notamment la formation des forces armées nationales.

Le deuxième porte sur la fourniture d’équipements militaires.

Le troisième repose sur les accords de défense conclus entre les États sahéliens et leurs partenaires internationaux.

Ces trois instruments permettent aux puissances étrangères d’accroître leur influence tout en répondant aux besoins sécuritaires exprimés par les États de la région.

Tunani-Penser :

La présence militaire étrangère constitue-t-elle une réponse suffisante aux problèmes du Sahel ?

Boulama Issa Lamido :

Je pense qu’il faut éviter les analyses simplistes.

La coopération internationale a permis de renforcer certaines capacités militaires.

Cependant, la sécurité ne peut pas être uniquement une question militaire.

Le terrorisme prospère également sur les fragilités économiques, les difficultés de gouvernance, les inégalités sociales et parfois l’absence de services publics.

Une réponse durable suppose donc une approche globale intégrant développement, gouvernance, justice et sécurité.

Tunani-Penser :

La question de la souveraineté revient souvent dans les débats. Pourquoi est-elle devenue centrale ?

Boulama Issa Lamido :

Parce que les populations sahéliennes souhaitent aujourd’hui participer davantage aux choix stratégiques concernant leur avenir.

Les accords militaires, les partenariats économiques ou encore la présence de bases étrangères sont désormais largement débattus dans l’espace public.

La souveraineté n’implique pas le refus de toute coopération.

Elle signifie surtout que les États doivent être en mesure de définir eux-mêmes leurs priorités et leurs partenariats dans le respect de leurs intérêts nationaux.

Tunani-Penser :

Peut-on dire que le Sahel est devenu l’un des principaux laboratoires de la nouvelle géopolitique mondiale ?

Boulama Issa Lamido :

Oui, sans exagération.

Le Sahel concentre aujourd’hui plusieurs grandes transformations internationales.

On y observe les effets de la compétition entre puissances.

On y mesure les conséquences du terrorisme transnational.

On y voit également émerger de nouvelles revendications autour de la souveraineté, de la gouvernance et du développement.

Comprendre le Sahel, c’est aussi comprendre une partie des mutations de l’ordre international contemporain.

Tunani-Penser :

Pour conclure cette première partie, quel regard portez-vous sur l’avenir de la région ?

Boulama Issa Lamido :

Je reste convaincu que le Sahel possède davantage de potentialités que de faiblesses.

Les défis sont réels, mais ils ne doivent pas masquer les ressources humaines, économiques et géographiques dont dispose la région.

L’avenir dépendra principalement de la capacité des États à renforcer leurs institutions, à investir dans leur jeunesse et à construire des partenariats équilibrés, fondés sur le respect mutuel et les intérêts des populations.

Le Sahel ne doit plus être uniquement perçu comme une région de crises, mais aussi comme un espace d’opportunités et d’avenir.

Deuxième partie : Les défis économiques

Tunani-Penser :

Au-delà des questions sécuritaires, le Sahel est également au cœur d’importants enjeux économiques. Pourquoi cette région suscite-t-elle autant d’intérêt ?

Boulama Issa Lamido :

Le Sahel est souvent présenté sous l’angle des crises sécuritaires, mais il faut rappeler qu’il constitue également un espace d’une richesse économique considérable. Le Niger, en particulier, possède d’importantes réserves d’uranium, de pétrole, d’or et d’autres minerais stratégiques. Dans un contexte de transition énergétique et de compétition mondiale pour les matières premières, ces ressources deviennent des leviers de puissance. C’est pourquoi elles attirent de nombreux acteurs internationaux qui cherchent à sécuriser leurs approvisionnements.

Tunani-Penser :

L’uranium semble occuper une place centrale dans cette compétition. Pourquoi est-il devenu un enjeu aussi stratégique ?

Boulama Issa Lamido :

L’uranium est aujourd’hui l’une des ressources les plus stratégiques au monde. Le Niger figure parmi les principaux producteurs mondiaux et possède également d’importantes réserves. Pendant plusieurs décennies, l’exploitation de cette ressource a été dominée par des entreprises françaises, ce qui faisait de la France le principal partenaire du Niger dans ce secteur.

Mais depuis le début des années 2000, le paysage a profondément changé. De nouveaux acteurs, notamment la Chine, le Canada, les États-Unis et d’autres investisseurs internationaux, se sont positionnés sur ce marché. Cette diversification traduit une concurrence croissante entre puissances pour l’accès à une ressource indispensable à la production d’énergie nucléaire.

Tunani-Penser :

Cette diversification constitue-t-elle une opportunité pour le Niger ?

Boulama Issa Lamido :

Elle peut en être une.

L’arrivée de plusieurs partenaires renforce la capacité de négociation de l’État nigérien. Lorsqu’un pays ne dépend plus d’un seul acheteur ou d’un seul investisseur, il dispose théoriquement d’une plus grande marge de manœuvre pour défendre ses intérêts.

Cependant, cette concurrence internationale place également le Niger au centre d’enjeux géopolitiques importants. Les grandes puissances cherchent naturellement à préserver leurs intérêts stratégiques, ce qui rend la gestion de cette ressource particulièrement sensible.

Tunani-Penser :

Le pétrole constitue-t-il un autre levier stratégique pour l’économie nigérienne ?

Boulama Issa Lamido :

Absolument.

Depuis le lancement de sa production pétrolière en 2011, le Niger a progressivement renforcé sa place dans le secteur énergétique régional. La montée en puissance de la production nationale témoigne de cette ambition de développer davantage les ressources du pays.

Dans ce domaine, la Chine occupe une position dominante à travers ses investissements dans l’exploration, la production et le raffinage. Cette coopération a permis d’accroître les capacités de production, de créer des emplois et d’augmenter les recettes publiques.

Mais, comme dans le secteur de l’uranium, cette concentration soulève la question de la dépendance économique vis-à-vis d’un partenaire majeur.

Tunani-Penser :

Peut-on parler d’une nouvelle forme de dépendance économique ?

Boulama Issa Lamido :

C’est une interrogation qui revient régulièrement dans les débats.

Historiquement, les critiques visaient principalement les relations entre le Niger et la France autour de l’uranium. Aujourd’hui, certains observateurs soulignent également le poids grandissant de la Chine dans le secteur pétrolier.

Le véritable enjeu n’est pas uniquement l’identité des partenaires étrangers, mais surtout la capacité de l’État à conserver la maîtrise de ses ressources, à négocier des contrats équilibrés et à faire en sorte que les revenus profitent durablement au développement national.

Tunani-Penser :

Malgré ces richesses, la pauvreté demeure très importante. Comment expliquer ce paradoxe ?

Boulama Issa Lamido :

C’est ce que les économistes appellent souvent le paradoxe des ressources.

Posséder d’importantes richesses naturelles ne garantit pas automatiquement le développement.

Tout dépend de la qualité de la gouvernance, de la transparence dans la gestion des revenus miniers et de la capacité des institutions à redistribuer ces ressources sous forme d’investissements dans les infrastructures, l’éducation, la santé ou l’emploi.

Une partie de la population estime que les bénéfices de l’exploitation minière restent insuffisamment visibles dans son quotidien. Cette perception alimente les débats sur la souveraineté économique et sur la nécessité de revoir certains contrats miniers.

Tunani-Penser :

Le gouvernement cherche-t-il aujourd’hui à reprendre davantage le contrôle de ces ressources ?

Boulama Issa Lamido :

Oui.

Depuis plusieurs années, les autorités affichent une volonté de renforcer leur souveraineté économique.

Cela passe notamment par une révision de certains contrats, un contrôle plus étroit des activités minières ainsi que par la diversification des partenaires internationaux.

L’objectif est de mieux valoriser les ressources nationales afin qu’elles contribuent davantage au développement économique du pays.

Tunani-Penser :

Vous évoquez également le marché de l’armement comme un nouvel enjeu économique. Pourquoi ?

Boulama Issa Lamido :

L’aggravation de l’insécurité a profondément modifié les priorités budgétaires des États sahéliens.

Face aux attaques terroristes et aux insurrections armées, les gouvernements ont considérablement augmenté leurs dépenses militaires.

Cette évolution a naturellement créé un marché particulièrement attractif pour les grandes industries de défense.

Les principaux fournisseurs internationaux cherchent désormais à renforcer leur présence dans la région à travers la vente d’équipements militaires, de drones, de véhicules blindés ou encore de systèmes de surveillance.

Tunani-Penser :

Cette concurrence entre fournisseurs d’armes modifie-t-elle les équilibres géopolitiques ?

Boulama Issa Lamido :

Oui, dans une certaine mesure.

Les ventes d’armes ne relèvent jamais uniquement du commerce.

Elles s’accompagnent souvent d’accords de coopération, de programmes de formation, d’assistance technique et parfois même de partenariats stratégiques plus larges.

Ainsi, derrière chaque contrat d’armement se jouent également des rapports d’influence entre États.

Le marché de la défense est donc devenu un prolongement de la compétition géopolitique au Sahel.

Tunani-Penser :

Finalement, quels sont selon vous les principaux défis économiques auxquels le Sahel devra faire face dans les prochaines années ?

Boulama Issa Lamido :

Le principal défi consiste à transformer les ressources naturelles en véritable levier de développement.

Cela suppose une meilleure gouvernance, davantage de transparence dans la gestion des revenus extractifs, une industrialisation progressive et une diversification de l’économie.

Le second défi est celui de la stabilité.

Sans sécurité durable, il sera difficile d’attirer les investissements, de développer les infrastructures et de créer des emplois pour une population toujours plus jeune.

Enfin, les États sahéliens devront trouver un équilibre entre l’ouverture aux partenariats internationaux et la préservation de leur souveraineté économique. C’est cette capacité à concilier coopération et autonomie qui déterminera largement l’avenir économique de la région.

Troisième partie : Défis stratégiques et souveraineté

Tunani-Penser :

Dans la deuxième partie de notre entretien, vous expliquiez que le marché de l’armement est devenu un enjeu économique majeur. Peut-on dire qu’il constitue désormais un véritable instrument d’influence géopolitique ?

Boulama Issa Lamido :

Tout à fait. Aujourd’hui, la vente d’armes dépasse largement le simple cadre commercial. Elle s’inscrit dans des stratégies d’influence plus globales. Lorsqu’un État fournit des équipements militaires à un autre, cette coopération s’accompagne généralement de formations, d’un appui technique, d’accords de maintenance et parfois même de partenariats politiques ou sécuritaires de long terme.

C’est pourquoi le marché de l’armement est devenu un levier majeur de la compétition entre les grandes puissances au Sahel.

Tunani-Penser :

Plusieurs pays semblent aujourd’hui se disputer ce marché. Quels sont les principaux acteurs ?

Boulama Issa Lamido :

Historiquement, la France demeure l’un des principaux partenaires militaires des pays sahéliens. Depuis les indépendances, elle a fourni des équipements, assuré la formation de nombreuses armées nationales et développé une coopération militaire importante dans le cadre de sa politique africaine.

La Russie occupe également une place importante. Les relations militaires remontent à la Guerre froide, période durant laquelle plusieurs officiers sahéliens ont été formés en Union soviétique. Aujourd’hui, Moscou poursuit cette coopération à travers des accords bilatéraux, des livraisons d’armes et, dans certains pays, le recours à des sociétés militaires privées.

La Chine renforce progressivement sa présence dans le secteur de la défense en Afrique. Les États-Unis demeurent également un partenaire majeur, notamment dans la formation des forces armées et la lutte contre le terrorisme.

Enfin, la Turquie s’est imposée ces dernières années comme un nouvel acteur incontournable grâce à une diplomatie active et à une offre militaire particulièrement compétitive.

Tunani-Penser :

Peut-on citer des exemples récents de cette diversification des partenariats ?

Boulama Issa Lamido :

Oui. Ces dernières années, plusieurs contrats illustrent cette évolution.

Le Niger a notamment renforcé sa coopération militaire avec la Turquie à travers l’acquisition de nouveaux équipements, tandis que le Mali a développé un partenariat stratégique avec la Russie pour moderniser ses capacités militaires.

Ces choix traduisent une volonté des États sahéliens de diversifier leurs partenaires afin de ne plus dépendre d’un seul fournisseur.

Tunani-Penser :

Cette diversification permet-elle réellement de renforcer la souveraineté des États ?

Boulama Issa Lamido :

Elle présente des avantages, mais aussi des limites.

Multiplier les partenaires permet effectivement d’élargir les marges de négociation et de réduire certaines dépendances historiques.

En revanche, la quasi-totalité des équipements militaires utilisés dans la région demeure importée.

Cette réalité entretient une dépendance technologique, financière et logistique vis-à-vis des fournisseurs étrangers.

En cas de sanctions internationales, d’embargos ou de ruptures diplomatiques, cette dépendance peut rapidement devenir un facteur de vulnérabilité.

Tunani-Penser :

La transition énergétique mondiale renforce-t-elle encore davantage l’importance stratégique du Niger ?

Boulama Issa Lamido :

Indéniablement.

La transition énergétique modifie profondément les rapports de force internationaux.

Les États recherchent aujourd’hui des ressources indispensables aux nouvelles politiques énergétiques, et l’uranium occupe une place centrale dans cette évolution.

Le Niger dispose de réserves importantes qui en font un acteur stratégique pour les pays ayant fait le choix de l’énergie nucléaire.

Cette réalité explique pourquoi plusieurs puissances cherchent aujourd’hui à renforcer leur présence dans le secteur minier nigérien.

Tunani-Penser :

Pendant longtemps, la France occupait une position dominante dans l’exploitation de l’uranium nigérien. Cette situation a-t-elle changé ?

Boulama Issa Lamido :

Oui, de manière significative.

Pendant plusieurs décennies, la France bénéficiait d’une position privilégiée dans ce secteur.

Mais l’arrivée de nouveaux investisseurs, notamment chinois et canadiens, a profondément modifié l’équilibre du marché.

Le Niger dispose désormais d’un choix plus large de partenaires, ce qui renforce la concurrence internationale autour de ses ressources stratégiques.

Cette évolution traduit également le passage d’un ordre économique relativement stable à une compétition beaucoup plus ouverte entre grandes puissances.

Tunani-Penser :

Les crises politiques que traverse le Niger influencent-elles cette compétition ?

Boulama Issa Lamido :

Oui.

Les changements politiques récents ont profondément modifié les relations entre le Niger et plusieurs partenaires traditionnels.

Les nouvelles autorités ont engagé une révision de certains accords miniers et affichent leur volonté de reprendre davantage de contrôle sur les ressources nationales.

Dans le même temps, elles cherchent à diversifier leurs partenariats internationaux afin de renforcer leur autonomie stratégique.

Ces choix redessinent progressivement les équilibres géopolitiques de la région.

Tunani-Penser :

Le secteur minier est-il aujourd’hui au cœur de cette stratégie de souveraineté ?

Boulama Issa Lamido :

Oui.

Les ressources minières sont devenues un symbole de la souveraineté économique.

L’objectif affiché par les autorités est de mieux valoriser ces richesses nationales, de renforcer la participation de l’État dans leur exploitation et de faire en sorte que les bénéfices profitent davantage au développement du pays.

Cette volonté s’inscrit dans une tendance plus large observée dans plusieurs États africains qui souhaitent renégocier certains partenariats hérités des décennies précédentes.

Tunani-Penser :

De nouveaux acteurs, comme la Turquie ou la Russie, manifestent également un intérêt pour les ressources nigériennes. Que révèle cette évolution ?

Boulama Issa Lamido :

Elle montre que le Niger est devenu un acteur incontournable dans la compétition mondiale pour les ressources stratégiques.

Chaque partenaire propose une approche différente : certains privilégient les investissements miniers, d’autres les partenariats énergétiques, la coopération militaire ou encore le transfert de technologies.

Pour le Niger, le véritable défi consiste à tirer parti de cette concurrence afin d’obtenir les meilleures conditions possibles tout en préservant sa souveraineté.

Tunani-Penser :

Pour conclure cette troisième partie, quel est selon vous le principal défi stratégique auquel le Niger est confronté aujourd’hui ?

Boulama Issa Lamido :

Le défi fondamental est de transformer sa position géostratégique en véritable avantage politique et économique.

Le Niger dispose d’atouts considérables : ses ressources naturelles, sa situation géographique et son rôle croissant dans les équilibres énergétiques internationaux.

Mais ces atouts ne produiront pleinement leurs effets que si le pays parvient à renforcer ses institutions, à garantir une gouvernance efficace et à conduire une politique étrangère équilibrée.

Dans un contexte international marqué par une concurrence accrue entre puissances, la capacité à défendre ses intérêts nationaux tout en développant des partenariats mutuellement bénéfiques sera déterminante pour l’avenir du Niger et, plus largement, du Sahel.

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